jeudi, avril 12, 2012

Jeudi 12 avril 2012


Chère famille et chers amis,

Ces derniers mois ont défilé à une vitesse folle. Je me retrouve encore une fois avec des mois entiers à vous résumer.
Mais cette fois-ci j’ai une bonne excuse, j’ai été diagnostiquée puis traitée du cancer de la thyroïde.

Mais commençons par le début, avec notre bel été 2011 commencé au Tadjikistan et terminé en France.

Tout début juillet Eva et Jérôme ont reçu leurs diplômes de Taekwondo et portaient fièrement leurs nouvelles ceintures. Eva a la ceinture bleue et Jérôme la verte.



Malgré son active participation à toutes les classes de Taekwondo, Lynn n’a pas reçu de ceinture, mais cela ne l’empêchait pas de s’entrainer avec le reste de la classe.



Je ne sais pas par quel enchantement nos deux grands ne se sont jamais blessés lors de leurs cours de Taekwondo, mais en dehors de leurs cours ils se font souvent bien mal.
En juillet dernier, Eva (malgré mon interdiction formelle) a plongé tête et mains en premier dans notre piscine peu profonde. Evidement, elle s’est écrasée les doigts au fond. Du coup son majeur et annulaire de la main gauche avaient gonflé et étaient devenus douloureux. Elle a eu mal trois jours. Le troisième soir, alors que je lui bandais la main pour la nuit (cela l'aidait à avoir moins mal selon ses dires), je lui demandais de serrer ses doigts ensemble, mais elle me disait: "Je ne peux pas, ça fait trop mal!" Dix minutes plus tard, elle m’a dit: "Mince, on s'est trompé de main! C'est à la main gauche que je me suis fait mal, pas à la droite!" Quelle chipie ! Je lui ai enlevé son bandage et je n'en ai pas remis un autre sur la main soi-disant douloureuse, et je l’ai déclarée guérie.

Un dimanche de juillet nous avons visité le centre/temple Ismaélite de Douchanbé. Il n’y en a que 5 dans le monde entier.  Tous les dimanches matins celui dans notre ville est ouvert au public. C'était très joli, tout beau, tout neuf, très lumineux, serein et de bonne qualité.
La construction de ce Temple a duré 6 ans, et a coûté plus de 24 millions de dollars.
Paul et Xan (notre ami étudiant de BYU venu quelques mois au Tadjikistan pour faire un stage) devant le Temple.


Les jardins du Temple:


Eva et Jérôme ont grandement apprécié les fontaines :



Notre dernier dimanche après-midi en famille nous l’avons passé dans les montagnes :




Les enfants et moi-même sommes partis en vacances en France le 6 juillet. Paul est resté au Tadjikistan 6 semaines de plus avant de nous rejoindre. Il avait du travail et il avait besoin de soirées tranquilles pour étudier et se préparer au GMAT  (le Graduate Management Admission Test est un examen standard d'origine américaine qui mesure les compétences générales verbales, mathématiques et la rédaction analytique en anglais. Il sert à tester l’aptitude d’un candidat à étudier le management d’un niveau 3ème cycle dans une « business school »).
La veille de notre grand voyage Eva me disait : "Maman on ne peut pas partir, parce que Lynn ne peut pas vivre sans Papa." C’est vrai que Lynn est très attachée à son père, mais elle et moi avons survécu à ces longues semaines de séparation. Quand Paul nous a finalement rejoint en France, nous nous sommes dit tous les deux que nous ne nous séparerions plus, sauf si vraiment nous n’en avions pas le choix. Ni lui, ni moi n’avions absolument aucune idée que quelques semaines plus tard, bien malgré nous, la maladie allait nous séparer à nouveau et pour bien plus longtemps que 6 semaines.

Donc nous avons laissé Paul travailler dans les montagnes tadjiks le jour et étudier les maths et la grammaire anglaise le soir, et sommes allés rejoindre nos familles et amis en France.
Paul dans les montagnes en plein été quand il faisait 40 degrés à l’ombre.



Après 22h30 de voyage, deux avions et un train, les enfants et moi-même sommes arrivés à la gare de Bordeaux où Papi Michel et Mamie Juliette nous attendaient.
Le voyage en lui-même fut bien moins laborieux que ce que je craignais. Lynn a été patiente et ne criait que lorsqu’il fallait qu’elle reste attachée dans son siège lors des décollages, atterrissages et turbulences. Dès le premier avion elle a commencé à crier son "cookie" (son mot pour dire "détache-moi") à tue-tête. Tant et si bien qu'une gentille hôtesse de l'air est venue me voir juste après le décollage pour me proposer un gâteau pour Lynn. 
Eva et Jérôme n'ont pas râlé une seule fois, ne se sont pas disputés et m'ont beaucoup aidée. Il faut dire qu’ils étaient motivés. Ils essayaient de gagner des points pour aller à Disneyland, sortie familiale prévue pour la fin de nos vacances si, bien sûr, elle était méritée! Il leur fallait un cumul de 100 points pour avoir droit d’aller dans ce parc d’attractions, et si pendant tout notre voyage ils ne se disputaient pas et m'aidaient bien ils gagneraient 20 points, et bien ils les ont gagnés!
Je suis partisante du fait que nous apprécions bien mieux les choses quand nous avons travaillé pour les avoir. Tout le long de nos vacances d’été, nos deux grands ont fait de nombreux efforts pour gagner des points et surtout pour ne pas en perdre.
A la fin de l’été, Eva et Jérôme avaient gagné plus de 100 points, alors non seulement nous sommes tous allés à Disneyland, mais en plus ils ont eu le droit de choisir un cadeau souvenir. Ils étaient ravis !



Mais là je m’emballe, je suis passée directement à la fin de nos vacances, alors reprenons, je disais donc que le voyage s’était bien déroulé et que nous étions arrivés à la gare de Bordeaux. Alors que nous essayions de quitter la gare, nous avons été bloqués par des policiers. La police et les pompiers étaient partout et nous empêchaient de sortir à l'arrière de la gare. En fait, il y avait une prise d'otage et une partie de la gare avait été fermée, notamment celle où étaient stationnées les voitures de mes beaux-parents.
Ce fut une aventure jusqu’au bout ce voyage !
Heureusement, nous avons réussi à quitter la gare, sans trop de soucis et c’est avec grande joie que nous nous sommes retrouvés chez Papi et Mamie.


Nous avons aussi revu avec plaisir nos amis. Ici une photo d’Eva et de sa grande amie Nirina.



Une semaine après notre arrivée en France Jérôme est tombé d’une pile de matelas sur le sol, et a eu une double fracture de la main gauche.
Lui et Lynn étaient montés sur la pile de matelas et Lynn allait tomber alors vite Jérôme a voulu la retenir et c'est lui qui est tombé à sa place.
Quand l'interne des urgences pédiatriques a dit à Jérôme qu'il s'était cassé deux doigts, notre fils était tout content! Enfin, comme sa sœur, il s'était cassé un os, même deux os à la fois! Il n'arrêtait pas de sourire tout le temps que l'interne lui mettait l'attelle en place. 



Par contre, il a commencé à moins sourire quand l’interne lui a expliqué que pendant les trois prochaines semaines il n'aurait ni droit à la piscine, ni à la plage et ni au vélo.
Malgré tous ces désagréments, Jérôme m’a dit: "Au moins Lynn n'a rien eu, j'ai réussi à la sauver!"
Attelle ou non, Jérôme s’amusait bien, notamment grâce à la générosité de mon amie Sitta qui les a gâtés en leur offrant des jouets qui appartenaient à ses propres enfants lorsqu'ils étaient plus jeunes. Nos enfants étaient ravis, et les deux grands me disaient les yeux brillants: "Maman tu as de la chance! Tu as la meilleure copine du monde!"
Ici, photo du train qu’elle leur a offert et que Jérôme a mis en place:



Cette même semaine, Eva et Jérôme jouaient dehors et Mamie Juliette a vu qu'ils étaient en train de prier. Alors elle est allée les voir et leur a demandé si tout allait bien et s'ils avaient besoin d'aide. Ils lui ont répondu qu'ils priaient pour se repentir. Juliette leur a demandé de quoi ils se repentaient. Ils lui ont répondu qu'ils se repentaient parce qu'ils avaient tué un lézard.
Ils avaient trouvé un tout petit lézard et ont voulu s'amuser avec lui et ils se le faisaient passer de mains en mains. Mais le pauvre petit lézard est littéralement mort de peur. Les enfants étaient désolés et ont promis de ne pas recommencer.
Je suis reconnaissante d’avoir des enfants qui respectent les créations de notre Père, et qui ont le réflexe de se mettre à genoux pour demander pardon lorsqu’ils ont fait une erreur.
Une photo prise un dimanche matin, juste avant que nous nous rendions à l’Eglise. Jérôme et son Papi tous les deux portant une cravate du Tadjikistan :



Après Bordeaux nous sommes allés à Terrasson-Lavilledieu pour passer du temps avec ma mère et mon grand-père.
Ce fut de belles retrouvailles.


Nous avons profité d’être dans cette belle région pour visiter un château médiéval complètement restauré.




Ma cousine Christelle (une des filles du frère de ma mère) et sa famille sont venus passer quelques heures avec nous.
Photo de ma cousine et notre grand-père qui a fêté ses 91 ans en novembre dernier.


Ses enfants et nos enfants se sont tout de suite bien entendu. C’est vraiment agréable d’être en famille.



Puis avec ma mère nous avons fait la route jusqu’en Suisse pour y voir Charline (ma petite sœur) et sommes restés avec elle, son mari Massimo et leur fils Federico pour quelques jours.
Charline et Lynn :


Jérôme et Federico ont les yeux de la même couleur:



Eva et Federico n’ont pas le même bronzage, mais s’aimaient très fort :


Tonton Massimo et nos enfants, photo prise juste avant notre départ de la Suisse:



Après un petit séjour à nouveau sur Bordeaux, nous sommes repartis à Terrasson parce que ma grande sœur Leslie et ses trois fils y arrivaient d’Irlande pour se réchauffer sous le soleil de la France.
Les six cousins ensemble :



Nous avons bien profité de nos journées bien remplies avec 6 enfants en bas âge, une petite maison mais un grand jardin.
Quelques photos prises lors de ces belles journées avec Leslie découvrant qu’elle était enceinte de son quatrième enfant (un autre fils, prévu pour ce mois-ci) :


Une journée au lac :


La cabane que les enfants ont construite :


Voici Daniel, le petit dernier (jusqu'à l’arrivée du prochain petit dernier dans quelques jours) :


Voilà Adam, notre pirate préféré :


Pour finir, voici Samuel, l’aîné qui court vraiment vite :



En juillet, c’est Jérôme qui avait fini aux urgences avec sa main cassée, en août, c’est Eva qui y est allée pour se faire recoudre la lèvre qu’elle s’était ouverte en tombant sur des cailloux.




Fin août Paul nous a enfin rejoints en France. Ci-dessous, photo prise à son arrivée à l’aéroport :



Paul nous a emmenés visiter le plus grand aquarium de France et un des plus grands d’Europe, celui de la Rochelle. Ce fut une visite ludique, et Jérôme a pu réaliser un de ses rêves lorsqu’il a touché un vrai requin (à travers une vitre).





Puis Paul et moi nous sommes offerts un voyage éclair au Temple de Madrid. (Pour ceux qui veulent savoir ce que c’est qu’un Temple, vous pouvez cliquer sur les liens ci-dessous, le premier vous amènera sur un site en français, le deuxième sur un site en anglais où il y a plein de jolis photos : http://www.eglisedejesuschrist.fr/la-famille-et-les-temples/temples.html  et http://www.lds.org/church/temples?lang=eng .)
C’est dans ce même Temple, qu’il y a douze ans Paul et moi avons été mariés pour l’éternité. Lorsque nous étions à Madrid dans ce bel édifice, plusieurs personnes qui ne nous connaissaient pas, nous ont pris pour de jeunes mariés. Si être de jeunes mariés, c’est s’aimer, apprécier la compagnie l’un de l’autre et se tenir la main, alors oui nous sommes de jeunes mariés et continuerons de l’être pendant encore bien longtemps! Après plus de trois ans, se retrouver dans un Temple ensemble nous a fait le plus grand bien.



Début septembre, juste après que Paul ait passé son GMAT, nous sommes allés à Marseille pour un week-end, dans la famille de Pierre (mari de ma belle-sœur Georgine). C’était vraiment agréable parce que nous avons été chaleureusement accueillis par la belle-famille de ma belle-sœur, mais également parce que le sud de la France est une région magnifique.
Paul et les enfants ont beaucoup apprécié leurs baignades dans la mer Méditerranée. Nos hôtes avaient toute la panoplie du parfait plongeur et nous ont montré quelques unes des merveilles de la mer.





Pour ceux qui seraient inquiets, sachez que tous les animaux marins ont été relâchés dans leur milieu naturel. Seuls les galets que Lynn et Georgine ramassaient sur la plage ont été ramenés chez nous.




A la fin de notre séjour sur Marseille, Annie (la mère kinésithérapeute de Pierre) m’a fait remarquer que mon cou était gonflé. Une vérification dans le miroir m’a confirmé ce qu’elle venait de me dire, mais je n’étais pas inquiète. Je pensais que ce gonflement était peut-être dû à une réaction allergique, elle-même causée par une piqûre d’insecte ou bien un aliment bizarre. Mais Annie et son mari Jean-Claude m’ont expliqué qu’il fallait absolument que je fasse vérifier ma thyroïde avant de repartir au Tadjikistan, car ils craignaient que le gonflement ne vienne de là. Je leur ai promis de faire les tests nécessaires avant de quitter la France. Mais je savais que je n’aurais pas le temps de faire grand-chose car nos vacances touchaient à leur fin.
Je me suis mise au lit ce soir-là avec l’esprit bien agité. Je me demandais comment et où j’allais pouvoir faire le test sanguin de dosages d’hormones thyroïdiennes, puisque le lendemain nous nous rendions sur Lyon pour voir ma grand-mère paternelle (Mamylène) et que nous planifions d’y rester 4 jours. Puis il ne nous resterait plus que trois jours sur Bordeaux (dont samedi et dimanche), avant que nous repartions sur Paris (Disneyland) pour nos deux derniers jours en France.
Cela me paraissait un peu impossible de faire une analyse de sang, en avoir les résultats et les montrer à mon médecin traitant en une seule journée ! Je commençais à m’endormir en me disant que je ferai ce que je pourrai avec le temps que j’avais, mais que je n’allais pas changer nos plans familiaux pour ce gonflement de cou. Il n’avait qu’à arriver plus tôt ! Après tout cela faisait déjà deux mois que j’étais en France et j’aurais eu tout le temps nécessaire pour faire les tests, mais là il avait mal choisi son moment, je n’avais plus de temps. Ce n’était pas de ma faute, c’était la faute de ce gonflement qui arrivait deux mois trop tard ! Avec le recul, je réalise combien mon raisonnement n’était pas très judicieux, mais sur le moment c’est ce que je pensais.
Alors que je sombrais dans le sommeil aux côtés de Paul, soudainement ma gorge s’est serrée et j’ai commencé à m’étouffer littéralement. Je me suis aussitôt relevée pour tenter de respirer, mon regard paniqué à rencontrer celui de Paul qui n’était pas plus rassuré que moi.
Heureusement, une fois mon corps à la verticale ma gorge s’est desserrée. Mais si je me rallongeais ma gorge se nouait à nouveau.
J’ai alors compris que mon problème était plus sérieux que je ne l’imaginais et que je ne pouvais pas l’ignorer.
Ce soir-là, avec trois détenteurs de la prêtrise sous le même toit que moi, je leur ai demandé une bénédiction. (Pour ceux qui veulent savoir ce que c’est que la prêtrise, vous pouvez cliquer sur les liens ci-dessous, le premier vous amènera sur un site en français, le deuxième sur un site en anglais http://www.eglisedejesuschrist.fr/a-propos-de-l-eglise/nos-croyances/la-pretrise-et-l-organisation-de-l-eglise.html et http://www.lds.org/ldsorg/v/index.jsp?locale=0&sourceId=ab839daac5d98010VgnVCM1000004d82620a____&vgnextoid=bbd508f54922d010VgnVCM1000004d82620aRCRD.)
Ce fut un moment très particulier et intime pour moi. Ce que je peux vous raconter c’est qu’au cours de cette bénédiction il m’a été dit que ce qui m’était arrivé au moment du coucher était un avertissement de Dieu pour que je prenne soin de ma santé. Il fallait que je fasse tous les tests qui seraient nécessaires et que si je suivais les conseils des docteurs tout irait bien. Mais il fallait que je réalise que j’étais humaine, c’est-à-dire que mon corps avait des limites, et que pour être une bonne épouse et une bonne mère je devais commencer à prendre soin de moi.

Cette bénédiction de la prêtrise fut un véritable rappel à l’ordre pour moi. Comme toute mère et épouse, je faisais systématiquement passer les besoins des enfants et de Paul avant les miens. Fatiguée ou malade, je continuais d’assumer pleinement mon rôle de mère et d’épouse. Personne ne me forçait à le faire, je le faisais de mon plein gré et avec joie.
Je me disais que j’aurai bien le temps un jour de prendre soin de moi, de reprendre le sport, de faire des siestes, d’avoir des nuits de sommeil ininterrompues, mais que pour l’instant nos trois jeunes enfants étaient là et avaient besoin de moi.
Depuis début juillet, je sentais une fatigue quasi constante qui à la fin de l’été était encore plus pesante. J’en avais parlé à Paul et il m’avait dit qu’il n’était pas surpris que je sois autant fatiguée, parce que mes vacances n’étaient pas reposantes. C’est vrai que cet été là, j’ai voulu voir toute la famille. Il y a eu beaucoup de voyages en train, puis en voiture et je partageais ma chambre avec nos enfants qui sont aussi remuants la nuit que le jour. Lynn parle et crie en dormant, Jérôme et Eva tournent et virent mille fois par nuit. Tous ces bruits me réveillaient constamment. Je pensais qu’une fois de retour au Tadjikistan, lorsque nous serions chacun dans nos chambres respectives, cette fatigue omniprésente disparaitrait.

Mais ce soir-là, après cette bénédiction, je savais que cette fatigue et ce gonflement était liés et que je ne devais plus les ignorer. Je me suis endormie sereine et sans m’étouffer.

Dès le lendemain, lors de notre arrivée sur Lyon j’ai fait une analyse de sang et nous avons écourté notre séjour chez ma grand-mère pour que j’ai le temps de montrer mes résultats à mon médecin traitant sur Bordeaux et faire d’autres tests au cas où.
Mamylène, les enfants et moi.



L’analyse de sang n’a rien révélée d’anormal. De retour sur Bordeaux, mon médecin de famille a voulu que je fasse une échographie cervicale pour vérifier d’où venait ce gonflement qui était toujours présent. L’après-midi même, le jeudi 8 septembre, j’ai pu faire cette échographie et nous avons découvert que j’avais un goitre multinodulaire. Un goitre c'est un gonflement entier de la thyroïde, et multinodulaire, parce que j'avais 5 nodules (nœuds, bosses ou tumeurs). J’en avais 4 petits du côté droit entre 4 et 9 millimètres, pas inquiétants mais à surveiller. Par contre du côté gauche j'en avais un gros de 2,7 cm; hyper vascularisé, ce qui veut dire qu'il allait vraisemblablement grossir.

Je suis sortie de chez l’échographiste abasourdie, je m’étais persuadée que je n’avais rien de bien grave, mais cette histoire de nodules m’inquiétait drôlement. Je ne suis pas de nature anxieuse, mais là j’ai craqué et je me suis mise à pleurer. Paul gentiment tentait de me calmer, de me dire que ce n’était pas grave, et je lui ai répondu : « C’est la première fois que j’ai un nodule, si j’ai envie de pleurer pendant cinq minutes laisse-moi pleurer. Juste serre-moi dans tes bras ! » C’est ce qu’il a fait et je me suis sentie beaucoup mieux.

Le lendemain, mon médecin de famille et un endocrinologue (qu’elle avait eu par téléphone) étaient catégoriques, il fallait que je me fasse enlever ce gros nodule, ce n'était pas encore urgent, mais cela devait être fait dans les prochains mois. Comme mon cas n’était pas une urgence, je ne pouvais pas être opérée rapidement et passer en priorité pour la simple raison que j’habitais à l’étranger. Alors avec Paul nous avons pris la décision de repartir au Tadjikistan et avons eu pour consigne médicale de surveiller par échographie l’évolution de mon gros nodule et de revenir en France pour me le faire enlever dans les 6 mois.

Nous avons donc terminé nos vacances en France à Disneyland parce que nos enfants l’avaient bien mérité.
Juste une petite anecdote trop mignonne qui va avec la photo ci-dessous. En allant à Disneyland Paris, nous sommes passés devant ma ville natale Lagny-sur-Marne, et Paul a dit aux enfants : "Regardez, c'est là où votre maman est née!" Eva a regardé l'endroit en question (le panneau municipal et la végétation l'entourant) et s'est exclamée: "Elle est née dans les buissons !?!"



Nous sommes partis de Paris le mardi 13 septembre et sommes arrivés à Douchanbé le lendemain.
De retour au Tadjikistan, ma fatigue permanente ne disparaissait pas malgré de longues nuits de sommeil. J’ai mis cette fatigue sur le compte du voyage et du décalage horaire. Mais deux jours après notre arrivée j’ai commencé à avoir de la fièvre, puis des tremblements au niveau de la mâchoire et des mains, et ma nuque était toute dure, tendue et douloureuse.
Le samedi, voyant que ma fièvre perdurait, je suis allée consulter un docteur allemand (le seul docteur européen à Douchanbé). Il craignait que tous mes symptômes soient reliés à mes problèmes de thyroïde, et que je souffrais d’une thyroïdite aigüe (inflammation de la glande thyroïde). Il m’a prescrit des antibiotiques et a demandé à ce que je revienne le voir le lundi suivant, en m’expliquant clairement que si ma situation ne s’améliorait pas d’ici-là, il me conseillerait de retourner au plus vite en France.

Le lundi matin, Paul et moi-même étions à nouveau devant le docteur allemand, qui nous a clairement expliqué qu’il n’y avait pas de temps à perdre et que je devais prendre le prochain avion pour la France. Il m’a conseillé fortement de faire au plus tôt une biopsie de mon gros nodule à gauche, puis il a écrit une lettre déclarant que je nécessitais un rapatriement sanitaire.
Notre assurance santé à pris en charge mon rapatriement et celui de mon accompagnant (Paul), bien sûr nos enfants ne pouvaient rester seuls au Tadjikistan aussi faisaient-ils partis eux aussi du voyage.
Le mardi 20 septembre nous étions à nouveau dans un avion, ou plutôt dans quatre avions, nous avons transité par le Kazakhstan, puis les Emirats Arabes Unis, et finalement la France (car les vols habituels étaient tous complets).
Photo prise dans l’aéroport d’Abu Dhabi :



Après 24h de voyage (pendant lesquelles je n’ai fait que me reposer parce que Paul s’est occupé comme un chef de nos trois enfants) nous étions de retour sur Bordeaux.

Dès notre arrivée en France, j’ai fait une analyse de sang et finalement je souffrais tout simplement d’un sale virus pas du tout relié à mes problèmes thyroïdiens. D’eux-mêmes mes tremblements et ma fièvre ont disparu, par contre mes douleurs à la nuque étaient toujours bien là.
J’étais loin d’être ravie d’être revenue en France en catastrophe pour un simple virus, mais puisque j’étais là autant que je m’occupe de ce goitre multinodulaire.
Alors j’ai consulté deux endocrinologues, qui m'ont donné le même avis, une thyroïdectomie totale (ablation chirurgicale de la thyroïde en entier).
Dans 95 % des cas, les nodules thyroïdiens sont bénins, mais dans 5% des cas ils sont cancéreux. Celui que j’avais à gauche était déjà bien gros, et allait encore grossir, les 4 autres à droite, tôt ou tard poseraient eux aussi problème, alors mieux valait tout enlever.
J’ai donc pris rendez-vous pour faire une biopsie du gros nodule et rencontrer un chirurgien pour planifier au plus tôt mon opération. Je souhaitais que cela se fasse au plus vite pour que je puisse commencer le plus tôt possible à me réguler aux hormones de synthèse qui prendraient le relais de la thyroïde. Une fois bien réglée, je pourrais repartir au Tadjikistan et reprendre le cours normal de nos vies.

Paul devait repartir à Douchanbé pour reprendre le travail. Il aurait aimé rester à mes côtés mais il avait des responsabilités. Même si son chef était compréhensif, il fallait qu’il reparte.
Mais avant qu’il nous quitte nous avons voulu profiter de sa présence et avec lui nous sommes allés sur le bassin d’Arcachon et avons visité le phare du Cap Ferret.




Puis nous avons passé tout un après-midi au bord de l’océan.





Deux jours avant que Paul ne reparte, nous sommes allés voir une de nos amies, une gentille mamie que nous apprécions depuis de nombreuses années. Elle a vu grandir Paul, et ce soir-là nous avons partagé un beau moment à trois. Ginette nous a notamment parlé des trois cancers qu’elle a eus, et d’une de ses amies qui souffrait actuellement d’un cancer. Alors qu’elle nous racontait tout cela, j’ai ressenti tout au fond de moi que j’avais moi aussi un cancer, mais que tout irait bien. Lorsque Paul et moi sommes partis de chez Ginette, nous nous sommes retrouvés seuls, et j’ai pu lui dire ce que j’avais ressenti. Je lui ai dit : « Paul, je sais que j’ai le cancer de la thyroïde et c’est pour cela que je suis autant fatiguée. »
Paul m’a écoutée et m’a crue.
Le 2 octobre j’ai conduit Paul à l’aéroport. Nous connaissons les séparations (Paul a servi de nombreuses fois à l’étranger pendant des mois), mais nous ne les aimons pas. Voici c’est ce que j’avais écrit ce jour-là : « Paul est parti ce matin pour le Tadjikistan. Nos cœurs étaient lourds, encore une fois nous avons du nous séparer, encore une fois nous ne savons pas exactement quand nous nous retrouverons, encore une fois nous le faisons à contrecœur.... C'est triste, juste triste. »

Le lendemain, mon beau-père Michel, Lynn et moi étions aux urgences pédiatriques. Lynn était montée sur les matelas de son frère et de sa sœur, eux-mêmes posés sur mon lit. Malgré la présence de Tatie Beauté (Georgine) à ses côtés et d'Eva pas très loin, Lynn était tombée bras en avant. Tatie Beauté l'avait tout de suite ramassée, mais Lynn était inconsolable. Elle pleurait, criait et se tenait le bras gauche contre elle tout en disant :"ti ti ti mal" (très très très mal). Aux urgences une radiographie a permis de voir  un de ses os de l'avant bras (au-dessus du poignet) bien cassé, elle est repartie avec un plâtre qu'elle a gardé 25 jours.



Pauvre petite Lynn, les premiers jours (et nuits) avec ce plâtre ne furent pas agréables. La journée elle ne voulait pas garder son écharpe médicale autour du cou. Heureusement Mamie Juliette lui en a fabriquée une avec un joli chat dessus, et Lynn a accepté de porter cette écharpe personnalisée.



Cette même semaine, j’ai eu ma cytoponction thyroïdienne. Il s'agissait de prélever un peu du liquide de mon gros nodule sous échographie.
J'ai tout d'abord eu une piqûre pour endormir la zone du cou dans laquelle 3 aiguilles allaient être plantées (3 aiguilles, pour les 3 prélèvements pour tester les 3 types de cancer). La première aiguille n'était pas trop désagréable, une légère sensation de brûlure lorsque l’anesthésiant pénétrait dans ma peau, mais sans plus. La radiologue qui allait me faire les prélèvements m'a expliqué: "Maintenant que la zone est endormie, vous ne devriez plus rien sentir."
Confiante, je pensais que je ne ressentirai plus rien, sauf que lorsque l'aiguille de la radiologue a touché mon nodule, j'ai sursauté de douleur. La radiologue m’a dit: "Mince il semblerait que vous faisiez parti des quelques personnes malchanceuses qui auront mal!" Effectivement j'ai eu mal, mon nodule était entouré d'une sorte de coque un peu dure tout autour de lui, et il fallait appuyer bien fort pour pénétrer à l'intérieur, et une fois dedans il fallait aspirer un peu de liquide, processus également bien douloureux.
La radiologue était navrée et me disait: "Je suis désolée mais il va falloir que je vous pique à nouveau deux fois, vous voulez une minute pour vous remettre ?" Je lui ai dit que ca irait, et elle a recommencé. La deuxième fois, j'ai eu aussi mal que la première et la troisième fois j'étais vraiment heureuse que ce soit la dernière.
Je suis sortie de là en ayant bien mal et mon nodule était douloureux les deux jours suivants.

Cette même semaine j’ai rencontré le chirurgien et l’anesthésiste pour planifier avec eux mon opération. Ma thyroïdectomie a été prévue pour le 31 octobre, mais avec une possibilité qu’elle ait lieu un peu plus tôt si mon chirurgien, Dr Murcia, arrivait à me caser avant dans son emploi du temps chargé.
Dr Murcia m’a expliqué que mon gros nodule faisait parti de ceux qui pouvaient être cancéreux car il en avait l'aspect. Si mon nodule se révélait être cancéreux, non seulement toute ma thyroïde serait enlevée, mais également les ganglions et il effectuerait un curage des glandes situées derrière la thyroïde afin de diminuer au maximum le risque que le cancer ne réapparaisse dans le futur. 
Si le nodule n’était pas cancéreux, il m’enlèverait tout de même la thyroïde mais sans faire le curage.
L’opération en elle-même durerait environ deux heures et mon séjour à l’hôpital 3 jours.

A partir de ce moment-là je n’avais plus rien à faire à part attendre. Attendre les résultats de la cytoponction et attendre de me faire opérer. Ce n’était pas facile pour moi de ne rien pouvoir faire pour que les choses avancent plus vite, mais je n’y pouvais rien.
Alors attendre c’est ce que nous avons fait, pendant ce temps l’os de Lynn se réparait et nos enfants continuaient l’école à la maison le matin (je leur faisais leurs leçons) et s’amusaient les après-midis.
Papi Michel a offert un vélo à Jérôme (son premier vélo de grand) :


Eva et Lynn jouaient dans l’herbe :


Nos trois enfants ont voulu construire une cabane :


Nous allions au parc pas loin de chez nous :





Mes beaux-parents et Lynn :



Nous avons passé de bels après-midis avec mon amie Sitta qui laissaient les enfants grimper sur les arbres derrière chez elle (même Lynn avec son bras cassé) :






Finalement le 14 octobre, mon chirurgien m’a téléphoné pour me dire qu'il pouvait m'opérer le vendredi suivant (le 21) au lieu du 31 ! J’étais vraiment heureuse que mon opération soit avancée de 10 jours.

Le lundi 17 octobre j’ai reçu les résultats de ma cytoponction : cancer papillaire de la thyroïde. Ce jour-là j’écrivais à ma famille : « C'est le cancer le plus commun de la thyroïde, il se guérit bien, mais bon c'est tout de même un cancer. Voilà, je suis bien déçue et agacée. J'aurais aimé faire parti des 95% de gens dont les nodules sont bénins. Cela va bien sûr retarder nos retrouvailles avec Paul... »
Mes sentiments ce jour-là n’étaient pas de la tristesse ou de la peur, juste de l’agacement. Car je savais que mon traitement postopératoire serait plus compliqué et plus long, car même si la chirurgie en elle-même était la partie curative la plus importante, j’aurai probablement un traitement à l’iode radioactif.
Je n’étais pas surprise, puisque quelques semaines auparavant j’ai su que j’avais le cancer (les résultats n’ont fait que confirmer mes sentiments, mais j’aurais aimé m’être trompée). Je suis reconnaissante de l’avoir compris alors que Paul était encore à mes côtés et non à des milliers de kilomètres de moi.

La bonne nouvelle c’est que comme mon opération avait été avancée, je n’avais que 3 jours à attendre pour me faire enlever ce cancer du corps.

Le vendredi 21 octobre (un mois pile après mon rapatriement sanitaire) j’étais opérée.



La veille de mon opération j’étais calme et sereine. Je connaissais les deux complications possibles de cette opération, et savais qu’elles étaient rares (1% des cas) et le plus souvent réversibles. J’étais reconnaissante d’être dans un pays où ce cancer pouvait être bien traité.
Ma thyroïdectomie s’est révélée plus compliquée que ce que pensait le chirurgien. Ma thyroïde était gonflée depuis plusieurs semaines et avait comprimé pas mal de nerfs. Malheureusement au cours de l’opération le chirurgien a coupé mon nerf récurrent gauche. Cela a entraîné une paralysie définitive de ma corde vocale gauche. C’était un des deux risques possibles d’une telle opération.
Mes glandes parathyroïdiennes (situées juste derrière la thyroïde) ont été manipulées avec le plus grand soin par mon chirurgien, mais elles n’ont pas appréciées d’être touchées et ont décidé de ne plus faire leur travail.  C’était le second risque possible: l’hyperparathyroïdie à l’origine d’une hypocalcémie (baisse du taux de calcium dans le sang).
Mon séjour hospitalier initialement prévu pour 3 jours a duré 15 jours, le temps pour les docteurs de trouver le bon dosage pour régler mon hyperparathyroïdie. J’ai compris que ce problème d’hypocalcémie était sérieux, car le calcium joue un rôle important dans le fonctionnement de nos muscles. Sans lui nos muscles se tétanisent, notamment le muscle cardiaque, entrainant l’arrêt de celui-ci et donc la mort.
Sans calcium dans mon sang je commençais à ressentir des fourmillements tout d’abord aux pieds, puis aux mains, aux lèvres sur ma bouche, aux paupières et petit à petit si la crise d’hypocalcémie n’était pas arrêtée (par une injection de calcium directement dans mon sang) mes mains se tétanisaient, puis mes avant-bras, mes jambes. La crise n’est jamais allée plus loin que cela car j’étais bien surveillée en milieu hospitalier, mais je peux vous dire qu’être ainsi tétanisée pendant plusieurs heures c’est loin d’être agréable. Les crampes étaient douloureuses et j’étais prisonnière de mon propre corps.
Je suis maintenant bien régulée par une prise orale de sachets de calcium et de comprimés de vitamine D que je prends tout au long de la journée.
Je vous raconterai plus tard les problèmes causés par la paralysie de ma corde vocale gauche.

Dans tous les cas, mon séjour forcé à l’hôpital m’a permis de me remettre lentement de mon opération, de me reposer (entre deux crises de tétanies) et de lire. J’ai lu 27 livres en deux semaines !
Pendant ce temps, ma belle-famille s’est très bien occupée d’Eva, de Jérôme et de Lynn. Je leur suis vraiment reconnaissante d’avoir si bien pris soin de nos enfants.
Ci-dessous une photo de la fête d’halloween avec Tatie Beauté comme maquilleuse :



Le 04 novembre je suis sortie de l’hôpital, et le lendemain Paul revenait passer deux semaines en notre compagnie après un peu plus d’un mois d’absence. Cela m’a fait du bien d’être auprès des enfants et de Paul pendant toute une semaine. La semaine suivante je rentrais à nouveau à l’hôpital pour suivre mon traitement à l’iode radioactif.
J’ai bien profité de mes quelques jours en famille. Ce que j’aime chez les enfants, c’est la faculté qu’ils ont d’être heureux si facilement et de leur émerveillement pour des choses qui, pour nous les adultes, sont plutôt banales.
Tel fut le cas de cette sacoche.



Elle appartenait à Papi Michel depuis des années mais il ne l’utilisait plus depuis bien longtemps car elle était usée et une grosse tache d’encre noire en décorait le bas. Mamie Juliette voulait se débarrasser de ce sac inutile, jusqu’au soir où Jérôme lui demanda si elle n’avait pas un sac à lui prêter pour qu’il puisse y mettre ses affaires du dimanche. Mamie lui a dit que s’il le voulait il pouvait avoir cette vieille sacoche.
Jérôme était fou de joie. Il l’a tout de suite rebaptisé « mon sac de riche », parce qu’il avait "des poches secrètes", une clef, et de "l'or mort" (c'est-à-dire de l'or qui s'effritait). Le lendemain était un dimanche et il avait tellement hâte de retrouver son sac (qu’il avait placé juste devant la porte de sa chambre pour ne pas le perdre) qu’il s’était levé aux aurores. Puis, il était le premier habillé et trépignait d’impatience pour se rendre à l’Eglise avec son nouveau sac. Finalement ni tenant plus, nous sommes partis à pied 45 minutes en avance en direction de l’Eglise qui n’était qu’à 10 minutes à pied de chez nous.
Mamie, Jérôme et son sac.



Jérôme était tellement content de marcher avec son sac, il me disait : « Tout le monde va voir que j’ai un sac de riche. » Mais personne ne lui a rien dit sur son sac, ni dans la rue, ni à l’Eglise. Pourtant l’amour de Jérôme pour son « sac de riche »  n’a pas diminué pour autant, et tous les dimanches c’est avec grande fierté qu’il se promène avec son sac, même à Douchanbé.

Le lundi 14 novembre, non pas avec un sac de riche, mais avec mon sac d’hôpital j’ai été hospitalisée 4 jours pour suivre mon traitement à l’iode radioactif (Iode 131).
Petite explication sur cet iode : tout comme l’iode alimentaire (Iode 127), l’iode radioactif (Iode 131) est capté par les cellules thyroïdiennes. Ce dernier irradie et détruit toutes les cellules cancéreuses et normales de la thyroïde qui seraient demeurées dans l’organisme après la chirurgie.
Ainsi, lorsqu’une tumeur cancéreuse de la thyroïde a été confirmée après la chirurgie (la mienne faisait 2 cm), un traitement par l'iode radioactif est vivement conseillé.
Le traitement à l’iode radioactif est administré à l’hôpital, en isolement, dans une chambre privée et plombée afin de protéger les autres personnes et l’environnement de la radioactivité. Durant cette période, il est important de boire beaucoup de liquide afin d’évacuer le surplus d’iode radioactif. Toute quantité d’iode-131 non absorbée par la thyroïde est éliminée de l’organisme dans l’urine, les selles, la salive et la sueur, d’où la nécessité de mesures d’hygiène rigoureuses.
Alors du lundi au jeudi je suis restée toute seule dans une chambre d’hôpital dans une aile reculée et déserte (j’étais la seule patiente à bénéficier du traitement radioactif cette semaine-là), tandis que Paul s’occupait de nos enfants avec l’aide de sa famille. Heureusement j’avais de quoi lire et les journées se sont vite enchaînées.
L’iode radioactif est administré sous la forme d’un cachet à avaler. Une technicienne bien protégée par toute une combinaison m’a amené le cachet à avaler, lui-même était dans une sorte de gros caisson en plomb. Elle avait sur sa tenue un compteur Geiger qui mesurait la radioactivité. A peine avait-elle ouvert le caisson que son compteur s’est mis à sonner et il n’a pas arrêté de le faire jusqu’à ce qu’elle quitte ma chambre quelques secondes plus tard.
Tout le personnel soignant qui est venu me voir étaient eux aussi bien protégés et leurs compteurs sonnaient le premier jour et les jours suivants clignotaient rouge. Leurs visites étaient de très courte durée.
Tous ces jours passés dans cette chambre plombée, je me sentais un peu comme un escargot que l’on aurait trempé dans du sel, je me vidais le plus possible de tous mes liquides. Je suçais à longueur de journée des bonbons acides et des citrons pour stimuler mes glandes salivaires et je prenais des douches qui duraient bien longtemps.
Mais je n’ai pas eu les nausées qui sont généralement associées avec la prise d’iode. Je ne voulais pas vomir, je pensais avoir suffisamment vomi dans ma vie (au cours de mes trois grossesses) et je n’ai pas vomi une seule fois à l’hôpital. Ce que j’ai eu par contre c’est l’impression d’avoir un gros coup de soleil sur le visage quelques heures après la prise de l’iode radioactif. Puis le lendemain mes glandes salivaires étaient gonflées et douloureuses.
Le jeudi après-midi je quittais l’hôpital toujours un peu radioactive et je devais me tenir à distance des enfants en bas âge et des femmes enceintes pendant une semaine. Pas évident, car chez mes beaux-parents vivaient nos trois enfants et ma belle-sœur enceinte. Pauvre Lynn, elle ne comprenait pas pourquoi je ne voulais pas la garder dans mes bras, je lui faisais des petits câlins mais devais rapidement l’éloigner de moi.
Le vendredi j’ai eu une scintigraphie. Franchement ce ne fut pas une plaisante expérience, et pourtant je ne suis pas claustrophobe. Mais l’examen a duré 55 minutes, au cours duquel un énorme appareil frôlait tout mon corps, puis s’est mis à tourner tout autour de moi. Cela faisait même volait mes petits cheveux !  Voilà à quoi ressemble cet étrange appareil :



Cette scintigraphie a permis de voir s’il me restait ou non des cellules thyroïdiennes et de vérifier que des cellules cancéreuses n’étaient pas ailleurs dans mon corps. La bonne nouvelle c’est que je n’avais pas de cellules cancéreuses, la moins bonne nouvelle c’est que le chirurgien n’a pas retiré tous mes tissus thyroïdiens, car ma thyroïde a une forme peu commune (pas anormale, mais rare) avec une sorte de queue. J’avais ce qu’on appelle une thyroïde à tête d’alouette, le chirurgien a bien retiré ma thyroïde mais pas la « tête d’alouette » qui est malheureusement bien cachée. Nous espérons que la dose d’iode radioactif que j’ai reçue sera suffisante pour détruire tous mes tissus thyroïdiens restant. Sinon, lorsque je ferai un contrôle cet été, il faudra peut-être que je prenne une seconde dose d’iode radioactif. J’espère sincèrement que je n’aurai pas à le faire car cette prise d’iode à des effets secondaires vraiment désagréables. Dès le lendemain de ma sortie d’hôpital j’ai commencé à avoir de fortes nausées et des vomissements. Puis petit à petit j’ai perdu le goût du salé et du sucré. Ils ne sont complètement revenus qu’en février. Au début c’était affreux, tout ce que je mangeais n’avait aucun goût, juste des textures différentes. Mais petit à petit j’arrivais à déceler d’autres saveurs et l’envie de manger est revenue. Malgré tout, avec ces nausées qui vont et viennent, j’ai perdu 10 kg depuis le mois d’octobre.

Le lendemain de ma scintigraphie, Paul repartait seul à Douchanbé, et les enfants et moi-même restions en France car il me restait un problème de santé à régler.
Comme vous le savez déjà, lors de mon opération de la thyroïde mon nerf récurrent gauche a été sectionné et je souffre désormais d’une paralysie totale de ma corde vocale gauche. A cause de cela, j’avais une voix bien diminuée, je m’essoufflais rapidement en parlant et je faisais beaucoup de fausses routes. Ce qui ne devrait pas tomber dans mes poumons (salives et nourriture) y tombaient malheureusement me causant des bronchites sévères à répétition.  
Pour préserver mes poumons,  mi-décembre une intervention de médialisation de la corde vocale (c’est-à-dire rapprocher ma corde vocale gauche paralysée de ma corde vocale droite grâce à une petite cale) a été planifiée.

En attendant, les enfants et moi profitions du joli automne bordelais.







Nous profitions également de notre famille.
Un dimanche après-midi typique, les enfants avec leur Tatie Beauté, puis avec leur Botonton.




Le 25 novembre j’ai fêté mes 31 ans avec ma belle-famille, et ma mère qui était venue passer la journée avec nous.



Fin novembre nous sommes allés consulter notre dentiste préférée : Tatie Beauté !



Quelques jours avant mon opération de médialisation de la corde vocale, Paul est revenu pour être à mes côtés.  Le 16 décembre j’ai donc été opérée sous anesthésie locale au niveau du cou, parce que je devais parler pendant l'opération pour placer la cale au meilleur endroit possible. L’opération a durée 1h30, ce fut une expérience très particulière et pas agréable. L’odeur de chair brûlée, le sang qui coule le long de mon cou, le bruit du cartilage que l’on coupe, l’impression de mourir étouffée à chaque essai de cales de tailles différentes je m’en serai bien passé. J’ai toussé, pleuré, craché et tout cela devant une équipe de plus de 30 étudiants, mais j’ai tenu le coup, ce n’était pas si long et c’était nécessaire. 





Grace à l’opération, j'ai une voix plus forte, je m’essouffle moins et je fais beaucoup moins de fausses routes ! Malgré tout, ma voix est diminuée. J’utilise un sifflet quand je suis dehors pour appeler mes enfants, et une clochette pour appeler « à table » toute la famille. Je frappe souvent des mains pour capter l’attention des enfants, et je ne peux absolument plus crier. Parfois ce n’est pas facile comme par exemple lorsqu’un de mes enfants traverse une route sans voir la voiture qui arrive droit sur lui, je veux crier pour l’avertir du danger, mais impossible de le faire! Alors je tape des mains, je souffle dans mon sifflet (toujours autour de mon cou lorsque nous sommes à l’extérieur) et les enfants ont appris à réagir immédiatement quand ils entendent le sifflet ou bien des mains qui claquent.
D’ailleurs Lynn quand elle veut nous parler, commence souvent par taper des mains pour capter notre attention, puis nous dit ce qu’elle veut nous dire.

En plus de ne plus pouvoir crier, je ne peux plus chanter. Lorsque je chante je suis extrêmement essoufflée, je m’étouffe avec ma propre salive et je chante faux. Pourtant je chante quand même, pas fort, mais tous les dimanches je me joins aux autres membres pour louer Dieu par mon chant.
 
Ne plus pouvoir chanter m’attristait. J’expliquais à Paul que puisque ma voix ne pouvait plus me permettre de faire une jolie mélodie, j’aimerais me mettre à jouer d’un instrument de musique. J’ai jeté mon dévolu sur une guitare, et le jour où je suis sortie de l’hôpital après ma deuxième opération, Paul m’a emmenée dans un magasin de guitare et m’en a offerte une très jolie !



J’aime ma guitare mais je suis loin d’être douée. Il me faudra de la patience, du temps et des bouts de doigts bien durs et non plus douloureux pour pouvoir en jouer correctement un jour. Mais je suis motivée, alors lentement mais surement je deviendrai une bonne guitariste et je pourrai accompagner mes enfants lorsqu’ils chanteront !

Pour nos 12 ans de mariage, Paul et moi sommes allés à l’opéra de Bordeaux, voir Casse-noisette. C’était féerique ! Les danses, les costumes, l’orchestre, le lieu lui-même, tout était tellement hors du commun, que pendant l’espace de quelques heures nous étions dans un autre monde.
J’ai eu du mal à me retenir de vomir avec toutes ces femmes autour de moi qui s’étaient aspergées abondamment de parfums, mais j’ai tenu bon jusqu'à la fin. Par contre dès que je suis sortie à l’air libre, j’ai vidé mes tripes devant le bel opéra.



Franchement les nausées pour moi c’est ce qu’il y a eu de plus difficiles à surmonter. La douleur physique, les gênes vocales, les étouffements, les essoufflements, l’immense fatigue, les longues journées à l’hôpital, les courtes nuits à l’hôpital, les crises de tétanie, le manque que je ressentais sans avoir mon mari et mes enfants à mes côtés, tout cela je le supportais bien. Par contre les nausées et les vomissements sont pour moi une véritable horreur. Après la grossesse de Lynn j’étais persuadée que je n’en aurai plus ou bien que pendant quelques jours à cause d’un virus. Je n’aurais jamais pu imaginer que j’en souffrirai encore pendant plusieurs mois.
Un soir, chez mes beaux-parents, vers une heure du matin, alors que cela faisait des heures que je luttais pour ne pas vomir le peu de nourriture que j’avais réussi à avaler au diner, je n’ai plus tenu et j’ai tout vidé dans le lavabo. C’est là que j’ai craqué, je me suis mise à pleurer à chaudes larmes. Je me disais que ma belle-sœur enceinte au fond du couloir dormait paisiblement, alors que moi, pas enceinte, j’étais en train de vomir encore une fois. Je ne souhaitais pas que ma belle-sœur vomisse, mais je trouvais la vie terriblement injuste.
Alors que je pleurais, assisse seule sur le carrelage froid, j’ai un cantique de l’Eglise qui m’est venu en tête, il s’intitule « Compte les bienfaits ». Le premier verset dit ceci : « Lorsque les ennuis, les peines, le chagrin troubleront ta vie au long de ton chemin, compte les bienfaits accordés chaque jour, dénombre-les en pensant à son amour. »
Alors c’est ce que j’ai fait, j’ai compté mes bénédictions, en commençant par le fait que lorsque j’avais vomis je me sentais mieux, alors qu’enceinte mes vomissements n’atténuaient pas mes nausées. Ensuite, j’avais pu être soignée et le cancer n’était plus dans mon corps. De plus j’avais la bénédiction d’avoir un mari aimant, des enfants en bonne santé, plein de vie et d’intelligence, une famille, belle-famille et amis qui étaient extrêmement présents et me soutenaient en tout.
J’avais l’Evangile dans ma vie et je savais que mon Père Céleste m’aimait, et que son Fils Jésus-Christ était mort pour moi et que grâce à son sacrifice j’aurai un jour un corps ressuscité et parfait, et que je pourrai vivre à jamais avec ma famille.
Ce soir-là, j’ai arrêté de pleurer, et j’ai remercié mon Père pour toutes les bénédictions qu’Il m’accordait, et c’est la dernière fois que j’ai pleuré à cause de mes nausées. Même si elles ont perduré encore 3 mois.

Avec l’accord de mes différents docteurs, Paul et moi avons pris la décision de fêter Noel ensemble au Tadjikistan. Il était temps que notre famille soit à nouveau réunie. Nous avons réservé nos billets d’avion de retour pour le samedi 24 décembre, et le 25, très tôt le matin nous serions finalement chez nous. Cela faisait 5 mois que je ne vivais plus chez moi, j’avais hâte ! Même si ma belle-famille est très accueillante, nous sommes toujours mieux chez nous, et je suis heureuse que lorsque je vis avec Paul !
Le vendredi 23 décembre, nous avons célébré Noel en avance avec la famille en France.


Nos deux aînés, avec mon aide, avaient consacré toutes leurs soirées, pendant plus d’un mois, à réaliser de jolis animaux en perles pour les différents membres de notre famille. Tout  le monde a apprécié leurs cadeaux « fait-maison ».
Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir le joli papillon et la libellule qu’ils ont fait pour leur arrière-grand-mère, Mamylène.




Après avoir pris plus de 30 fois l’avion cette année-là, Paul était heureux de pouvoir nous ramener chez nous et de moins bouger. Il a pris soin de nos trois enfants pendant tout le trajet retour et dans chaque avion j’ai pu me reposer. Il faut dire que j’avais été opérée juste une semaine auparavant!



Nous sommes arrivés à Douchanbé très tôt le matin du 25 décembre et sommes tous allés dormir pour les quelques heures de nuit qui nous restaient. Au réveil, nous avons découvert le joli arbre de noël que Paul avait acheté et décoré pour nous. Au pied du sapin les enfants ont redécouverts les jouets qu’ils avaient reçus deux jours auparavant en France.




Paul m'a surprise en m’offrant un très beau collier. Il voulait m'offrir quelque chose de spécial pour fêter mon retour chez nous, et il voulait ajouter sa petite touche personnelle à mes décorations du cou. J'étais très touchée.



Une fois de retour chez nous, j’ai pris pleinement conscience de tout ce que je ne pouvais plus faire comme avant. Entre la fatigue et les nausées, tout ce que je faisais habituellement me demandait un temps énorme et une énergie folle. Par exemple au lieu d’une demi-journée en temps normal, il m’a fallu 5 jours pour défaire et ranger nos valises. J’ai du apprendre la patience en tout et pour tout.
Mais avec l’aide des enfants et de Paul, lentement mais surement, je remontais la pente.
Tous les après-midis, nos aînés veillaient sur Lynn et je dormais une bonne heure, parfois plus.

Heureusement, le 1er janvier, pour les 8 ans de Jérôme je me sentais bien et j’ai pu lui faire un gâteau en forme de fusée comme il l’avait voulu.



Par contre il n’a pas eu de grande fête, juste une journée tranquille en famille. Mais Jérôme comprenait bien que je ne pouvais pas faire plus. Nous avons fini sa soirée d’anniversaire en jouant à un de ses jeux de société préféré « Les aventuriers du rail ». Il était très heureux.
Ce soir-là je lui ai demandé: "Jérôme comment fais-tu pour grandir aussi vite? Tu as déjà 8 ans!" Il m'a tout de suite répondu: "Toi aussi tu grandis vite! Tu as déjà 31 ans!"



Le matin je continuais de faire l’école aux enfants, et les après-midis ils profitaient de la neige.




Ils ont repris leurs cours de Taekwondo, trois fois par semaine, et leur professeur a accepté de leur faire les cours à domicile, ainsi je n’avais pas à marcher 40 minutes dans le froid pour les amener et les ramener de leurs cours.



Je me suis inscrite à une école de musique en ligne (sur internet) pour apprendre à jouer de la guitare. Lynn aime quand je m’entraine.



Au tout début de cette année, Lynn a décidé de ne plus mettre de couches. Elle était prête depuis plusieurs mois, mais à cause de ma maladie, j’ai repoussé son apprentissage de la propreté, jusqu'à ce que je puisse réellement m’y consacrer. Finalement c'est Lynn qui n’a plus voulu attendre. Elle est très fière d'elle-même et dit: "Lynn grande fille." Ce qui agace nos deux grands, c'est qu'elle insiste pour qu'ils viennent voir ce qu'elle a déposé au fond des toilettes pour qu'ils la félicitent.
Ci-dessous photo prise alors que je venais juste de lui offrir sa première culotte, elle était tellement contente qu’elle lui a fait un câlin.



Petit à petit Lynn gagnait en autonomie et voulait absolument se servir à boire toute seule (vive les nappes plastiques), marcher toute seule sur la neige glissante (après 2 chutes elle a accepté de me donner la main), s'habiller seule, surtout le "palon" ou "fapalon" (pantalon), se coiffer seule, etc.
La seule chose qu’elle ne voulait pas faire seule, c’était ses besoins. Ce n’était pas très agréable tout ce temps passé aux toilettes, mais elle nous récompensait toujours par un bisou si nous restions avec elle, alors cela en valait la chandelle.




Eva et Jérôme m’on beaucoup épaulé durant ce mois de janvier où les nausées et la fatigue étaient encore bien pesantes. Je leur suis extrêmement reconnaissante de tout ce qu’ils ont fait pour moi.

En plus de leur aide, souvent nous retrouvions le soir des petits mots d’amour sur nos oreillers. Eva a notamment écrit ce poème pour son père qui lui a beaucoup plu:
"Papa est fort
Pas moins qu'un porc
Il fait du sport
Mais son corps
A parfois tort."

Ce mois-ci nous avons rencontré une famille américaine membre de l’Eglise. C’est une famille formidable que nous aimons beaucoup, et nous sommes rapidement devenus bons amis. Nos réunions du dimanche sont bien plus agréables maintenant.




A la fin du mois de janvier, Paul est parti un mois dans les montagnes enneigées du Tadjikistan pour un entrainement d’hiver. Il nous a beaucoup manqué, mais je ne me plaindrais pas, car c’est lui qui a dû affronter des températures glaciales, des conditions de vie difficiles, alors que nous nous étions chez nous, au chaud (sauf lorsque nous avions des coupures électriques).




Bien sûr dès le retour de Paul, les enfants l’ont recruté pour qu’il leur construise un igloo dans notre jardin. Les enfants et leur père ont passé tout un après-midi à construire un grand igloo, un toboggan sur l’igloo et des petits escaliers pour monter sur l’igloo et descendre du toboggan. Les enfants ont joué dans cet igloo toute une semaine, jusqu’à ce que le soleil fasse tout fondre.





Paul nous a également amené dans les montagnes encerclant Douchanbé, pour que les enfants profitent de la neige. Ils étaient ravis, mais au bout d’une heure, ils étaient également gelés.






Cet hiver fut éprouvant pour moi, car entre les coupures électriques, l’eau gelée dans les tuyaux (donc plus ni eau chaude  ni eau froide), la machine à laver qui tombe en panne, le froid dans la maison et à l’extérieur,  j’avais hâte que le printemps revienne.
Mais nos enfants ont apprécié la neige jusqu’au bout.



Au niveau de la santé, ce mois-là j'ai décidé de  la prendre en main, et j'ai lu des livres très intéressants sur la nutrition. Depuis que j'ai changé ma nutrition (et celle de Paul et des enfants) c'est le jour et la nuit. Je me sens beaucoup mieux, j'ai bien plus d'énergie, je n'ai plus de nausées ni de vomissements, j'absorbe mieux mon calcium…
Pour ceux qui sont intéressés, j’ai écrit un blog sur ce que j’ai appris sur la nutrition:

Le 11 mars, Eva a fêté ses 10 ans. Tout le mois qui précédait son anniversaire elle était anxieuse à l'idée de passer dans les dizaines. Elle me disait plusieurs fois par semaine: "Tu te rends compte je vais avoir 10 ans. 10 ans c'est beaucoup, c'est déjà les dizaines! Je ne veux pas être dans les dizaines."
Petit à petit j'ai compris pourquoi. En fait, elle ne voulait pas vieillir, elle m’expliquait : "Je ne veux pas vous quitter. Tu vois toi tu t'es mariée à 19 ans, donc il ne me reste plus que 9 ans à vivre avec vous. Et je n'ai pas trop envie de chercher un chéri. Je veux rester avec toi et papa." 
Je lui ai expliqué que tout le monde ne se mariait pas à 19 ans, et puis qu'un jour elle aurait envie de se marier et de vivre avec son mari et que ce serait normal, et qu'elle ne serait pas malheureuse, bien au contraire. Mais elle n'avait pas l'air convaincue.
Une semaine avant son anniversaire, elle nous disait: "C'est ma dernière semaine de 9 ans. Après je n'aurai plus jamais 9 ans!"
Heureusement les préparatifs de sa fête d’anniversaire lui permettaient d’être moins triste de grandir. Elle et son frère se sont chargés de toute la décoration. Elle voulait une fête sur le thème du loup !
La fête fut une réussite, et heureusement mon gâteau fait maison en forme de loup lui a beaucoup plu. Eva a réalisé qu’avoir 10 ans c’était plutôt bien, et que cela ne changeait pas tellement des 9 ans.







Jérôme avait ajouté sa petite touche personnelle en Lego.



Il aime toujours autant construire différentes choses en Lego. Il m'a expliqué comment il créait tout cela. Pendant plusieurs jours il pense à ce qu'il va construire, et quelles pièces il va utiliser. Il imagine si les pièces vont vraiment faire ce qu'il veut qu'elles fassent et si dans sa tête, il réalise qu'il y a un problème, alors il y pense encore un peu plus longtemps, jusqu'à ce que dans sa tête tout soit prêt. Ensuite il n'a plus qu’à réaliser pièce par pièce ce qu'il a déjà dans la tête en détails.
Il aime également jouer avec ses petites planches de bois que ma mère lui a offert à noël.



Notre fils est un garçon plein d’imagination et sensible. Un soir je l’ai entendu pleurer à chaudes larmes. Eva m'a expliqué qu'il était triste parce qu'il venait de tuer une araignée en la jetant dans les toilettes du bas et en tirant la chasse d'eau dessus.
Il regrettait amèrement de l'avoir tuée, et entre deux sanglots, il me disait: "Je n'aurais pas dû la tuer. J'aurais dû l'attraper et la jeter dehors."
J'essayais de le consoler en lui disant que l'araignée n'avait pas souffert et qu'elle n'aurait pas due être dans notre maison et qu'en y entrant c'était à ses risques et périls. Effectivement cela aurait été mieux de la mettre dehors, mais bon...
Mais Jérôme m'a interrompue: "Tu ne comprends pas. Je suis trop triste parce que j'ai vu sa maison. J'ai vu où elle habitait et maintenant je l'ai tuée et sa maison est toute vide. Je suis trop triste."
A priori, cela fait des semaines qu'il avait vu sa toile d'araignée coincée entre un mur et une étagère en bois, et ce soir-là l'araignée c'était aventurée hors de son trou, et Eva a eu peur. Jérôme s'en est occupé, et regrettait son geste. J’ai trouvé cela très attendrissant.

J’aime également la vivacité de notre petite dernière. Lynn court, danse, chante, joue, crie, pleure, rie, dort, passe beaucoup moins de temps sur les toilettes, lit, parle, mange, gratte le nombril de tout le monde le sien y compris, écoute tout, répète presque tout, nous dit mille fois par jour qu'elle nous aime, construit des tours avec ses legos, cuisine, découpe des papiers, dessine sur les petits bouts de papier découpés, mets partout du feutre (difficile de ne pas déborder en dessinant sur des petits bouts de papier), prie toute seule...bref elle fait tout ce qui est tout à fait normal de faire à son âge.




Maintenant, pour finir, place à la grande nouvelle: nous allons déménager à Vienne, en Autriche, le 26 mai prochain. Paul avait postulé en novembre dernier pour un poste sur Vienne, parce qu'avec mes problèmes de santé il voulait que nous nous rapprochions de l'Europe et de ses bons services. 
Il y a un peu plus d’un mois, nous avons appris que Paul avait obtenu le poste sur Vienne! Il va travailler au siège de l'OSCE.
Nous sommes reconnaissants de cette belle opportunité qui s’offre à nous, même si nos sentiments sont partagés. Nous sommes tristes de laisser ici nos amis, notre vie simple, notre grande maison ensoleillée, mais heureux de commencer une nouvelle vie à Vienne, avec la promesse de nouvelles découvertes linguistiques, culturelles, culinaires, spirituelles... Dans moins de deux mois nous y serons.

Voilà, ce sera tout pour cette fois-ci, nous vous disons à la prochaine fois, et prenez soin de vous et des vôtres.
Maintenant, après avoir lu tout cela, allez profiter du soleil et de la belle nature, c’est ce que nous faisons !


A bientôt,

Elodie.

3 commentaires:

Liz Wilcken a dit…

Loved all the pictures! Thanks for the update. Get better soon! My mom had cancer in her nose, so they had to take a good chunk out of that. I think I might rather have my neck cut like yours ;) Good to see pictures of the family.

Halo BW a dit…

Lots had happened!

https://www.yoedha.com/2019/05/tips-memilih-pinjaman-kta-yang-aman.html

Anonyme a dit…

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